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mardi 9 novembre 2021

Alien le 8ième passager de Alan Dean Foster

 


Le remorqueur interstellaire Nostromo vogue vers la Terre, lointaine encore, quand son ordinateur central interrompt soudain l’hibernation de l’équipage. Venu d’une planète inconnue, un appel de détresse a retenti. Le code spatial est formel et trois navigateurs se portent volontaires.

Quand ils regagnent le Nostromo, l’un d’eux, inconscient, n’est plus qu’un poids mort porté par ses camarades : sur son visage s’est plaqué, incrusté, une sorte de mollusque-ventouse, doté d’un œil sans regard..



Le remorqueur interstellaire Nostromo se dirige vers la terre lorsqu’il reçoit un signal qui réveille l'équipage sous cryogénisation et le vaisseau se dirige vers une planète inconnue.

Le vaisseau se pose sur une planète hostile et le Capitaine et deux membres se dirigent vers le signal où il découvrent un vaisseau abandonné. Lors de l'exploration l'un des membres reçoit sur le visage une sorte de mollusque qui explose sa visière. Inanimé il est conduit vers le vaisseau où contre l'avis du second l'ingénieur scientifique ouvre le sas faisant entrer dans le vaisseau l'horreur future.


Le récit débute sur une note stressante avec le réveil d'urgence, la tension monte lors de l'exploration de la planète et du vaisseau abandonné pour devenir intenable avec l'état du membre touché et des exactions du monstre en action.


Pour un récit SF l'histoire ne comporte aucun terme technique difficile à ingérer ce qui est plutôt positif pour des lecteurs peu habitué à de domaine de la lecture.


Les personnages sont intéressants à suivre, bien brossés avec chacun sa propre personnalité. On ressent quelques tensions entre différents membres ce qui ajoute un peu de piment au récit. Pour l'un des personnages l'auteur nous offre dans le final une surprise que l'on n'avait pas vu venir.


L'univers SF n'est pas particulièrement développé et le récit est essentiellement basé sur ce qui se passe à l'intérieur du vaisseau que ce soit avant ou après l'introduction de la créature.


Un roman plaisant à lire pour les non-initiés.




dimanche 12 juin 2016

Le sang des 7 rois Livre 7, Régis Goddyn




L'étau se referme... Dans ce septième et dernier tome du Sang des 7 rois, la menace qui plane au dessus des sept royaume se concrétise. Maddox dispose désormais des informations nécessaires à l'envahissement de la planète et des ressources qui lui faisaient défaut. L'avance technologique dont il dispose et la division de ses ennemis posent les bases d'une chasse à l'homme dont Jahrod est le gibier. Mais rien ne presse... Méthodiquement, il rabat les rescapés des raffles de Lothar et des luttes intestines, massacrant et poussant la population résiduelle vers la crête qui constituera son ultime refuge, illusoire. MC10, l'ordinateur militaire du vaisseau a calculé qu'en concentrant les survivants, Jahrod finirait par se révéler au grand jour pour sauver ce qu'il reste d'humains. Mais il reste un obstacle. Est-ce l'évolution génétique ? Est-ce du fait de Jahrod et de son code décrypté ? Maddox l'ignore, mais le doute n'est plus possible : les pilotes qui vivent sur cette planète sont surpuissants et Fletcher, celui qui travaille depuis des siècles au service de Maddox ne peut faire le poids. Si Jahrod suit avec angoisse l'évolution de la stratégie du magnat, Orville, Rosa, Sylvan, Pétrus et les autres protagonistes poursuivent leurs quêtes personnelles, réalisant peu à peu la nature réelle du danger. A mesure de leur prise de conscience, les diverses factions jadis rivales se concentreront pour tenter de survivre tandis que, sous la puissance de feu de Maddox, le monde s'enfonce inexorablement dans le chaos et la ruine.


Que dire du dernier tome d'une saga lorsque l'on arrive au tome 7, cela n'est pas évident à trouver car l'on s'est déjà bien exprimé sur les précédents tomes. Au tome précédent l'on avait constaté l'arrivée de l'envahisseur à bord d'un vaisseau qui restait en position au dessus de la planète envoyant quelques guerriers en reconnaissance.

Dans cet ultime tome tout se précipite, la menace est omniprésente et les ennemis d'hier vont devoir s'allier pour faire face à des ennemis surpuissants venant de la Terre et techniquement sur-équipé car venant du futur par rapport à la civilisation actuelle de notre planète.

Seuls arrivent à répondre à la technologie les anciens pilotes qui avaient naguère atterris sur la planète, car dans ce monde moyenâgeux ils sont des puissants Mages soit encore vivants soit réincarnés dans d'autres corps. Les événements se succèdent à un rythme effréné, les combats sont omniprésents tout comme la magie. L'on ressent un fort sentiment de désespoir parmi les autochtones devant la déferlante de l'ennemi qui peut par une machine se régénérer à volonté mais il tente le tout pour le tout et n'ont pas l'attention de mourir sans combattre.

Orville, Rosa, Oldarik et Jarhod occupent bien entendu le devant de la scène de par leur puissance magique mais les autres personnages ne sont pas en reste et dans ce dernier tome l'on boit évoluer tous les personnages des différents tomes, ceux-ci gagnent encore en profondeur et l'on vibrent pour certains lorsqu'ils sont menacés. Certains des personnages qui occupaient le côté noir dans les tomes précédents deviennent presque attachants lorsqu'ils jettent leurs dernières forces dans la course à la survie.

Ce dernier tome fort axé SF, ne développe plus le monde que nous connaissons bien mais s'attarde sur le combats entre les technologies modernes et celles que les envahisseurs avaient laissées lors de leur précédente venue sur la planète. Pour quelqu'un qui n'est pas attiré par le genre, les discussions entre l'ordinateur devenu intelligent et le protagoniste principal, à savoir Jarhod, peuvent sembler un peu longues et parfois rébarbatives, mais elles sont incontournables pour faire ressortir l'ambiance de cette lutte désespérée et quasiment sans issue. L'auteur, en effet, dans cet ultime tome joue beaucoup sur l'atmosphère dramatique de la situation et c'est sans contexte le point fort du récit.

L'auteur fait un rapide clin d’œil à la Bible en situant l'un des Mages comme celui qui aurait permis à Moïse de sauver son peuple d’Égypte en faisant se retirer les eaux de la mer. Cette pointe d'humour pour insister sur la longévité particulière de ces mages venus sur cette planète des siècles plus tôt. A l'instar des tomes précédents l'auteur apporte une touche d'humour dans ce récit plutôt grave, car pour les autochtones les pertes s'avèrent plutôt sévères. Cette pointe de légèreté apporte une petit plus à l'histoire sur tout centré sur des combats qui ne sont pas assez exploités en profondeur. En effet l'auteur axe ces combats un peu trop sur le côté visuel de l'action des Mages délaissant un peu les autres protagonistes et l'emploi de moyens plus traditionnels à la guerre dans un contexte moyenâgeux.

Le dénouement est quelque peu décevant, un peu trop attendu il n'offre pas de réelles surprises. En effet la victoire de la magie l'emporte un peu trop facilement sur la technologie démontrant un déséquilibre qui manque de crédibilité. Au final, cette longue saga aura alternée des tomes inégaux dans la qualité du récit : un début lent à se mettre en place, des situations trop rapides noyées dans cette longueur. Mais l'auteur fait preuve de beaucoup de talent et l'on aimerait le revoir dans une ouvre plus rythmée dans la continuité.




mardi 29 décembre 2015

Le sang des 7 rois Livre 6, Régis Goddyn



Orville ne percevait rien d'autre que le vent et la discussion tranquille d'un groupe d'hommes regardant vers le nord. Il posa la main sur la poignée de son sabre, s'apprêta à bondir, mais il la relâcha et descendit à reculons. "Il y a effectivement des guetteurs. Nous allons faire un détour, Rosa. Je ne sais pas pourquoi je ne les ai pas attaqués. J'aurais pu les tuer avant même qu'ils réalisent que j'étais là." "Tu voulais les manger ?" "Non ! Bien sûr que non." "Alors tu as bien fait. Leur vie mérite que nous marchions un peu."


Aléide et ses compagnons , qui n' ont pu suivre Orville dans sa fuite devant l'armée de Braseline, sont rattrapés par les hommes de Lothar. Aléïde et quelques survivants parviennent à s'échapper et poursuivent la recherche d'un navire qui pourrait les emmener à l'île des pirates.

Orville et Rosa qu'il avait rejoint au tome précédent se dirigent, dans le désert, à la recherche du château de Sébélia.

Sylvan et une centaine de Compagnons du Verrou, accompagnés par les troupes d'Edda s'apprêtent à attaquer les troupes de Lothar qui font le siège d'une place forte du cinquième royaume.

Ce sixième volet de la série s'avère plus dynamique que les précédents, les nombreuses longueurs qui émaillaient les premiers tomes ont presque quasiment disparus et la lecture n'en ai que plus aisée. A l'inverse de bons nombres de séries de Fantasy, plus l'on avance dans les tomes plus l'histoire devient intéressante et prend de la profondeur.

La partie SF continue de se développer, on en apprend plus sur les sang-bleus, notamment leurs origines. L'auteur dans ses révélations nous laisse penser que nous sommes sur Terre, une Terre qui a subi des modifications depuis l'arrivée des Draks. Il avance également certaines hypothèses intéressantes sur certains faits qui se sont déroulés il y a deux mille. Le passage qui remettrait en cause une certaine affirmation de l’Église Catholique Romaine a déjà été avancée par d'autres auteurs ultérieurement, mais pas en ces termes.

La partie space-fantasy prend plus d'ampleur au fil des pages, un vaisseau est en approche de ce monde qui est similaire à celui de notre planète. Les différents récits parallèles continuent de s'imbriquer entre eux, le lecteur va de révélations en révélations. Les défauts que l'on pouvaient relever dans les premiers tomes de la série ont totalement disparus et l'on a maintenant une vision globale claire de l'histoire des sept royaumes, les derniers éclaircissements devraient nous être fournis dans l'ultime tome.

Dans ce roman les personnages principaux sont peu présents, l'accent est mis sur les personnages secondaires, notamment sur les extraterrestres débarqués il y a prés de deux mille ans. La présence de Rosa auprès d'Orville met un peu plus en valeur celui-ci même si l'on n'arrive toujours pas à avoir de l'empathie pour ce dernier.

Un sixième tome très intéressant mais déséquilibré au niveau du rapport SF/Fantasy, riche en révélations même s'il reste encore quelques points nébuleux. Au final on se retrouve avec une saga dense et les derniers tomes nous offrent une histoire plus équilibrée que le laissait prévoir les premiers volumes.





samedi 1 février 2014

L'OMBRE DU BOURREAU INTÉGRALE 1/2 - GENE WOLFE


LECTURE DANS LE CADRE DU DÉFI 





TOME 1/2

Cloîtré depuis l'enfance entre les murs austères de la tour Matachine, l'apprenti bourreau Sévérian ignore tout des ruelles bruissantes de Nessus et, au-delà, des merveilles et dangers de la planète Teur... jusqu'au jour de son bannissement. Car l'amour que lui inspire la trop belle Thècle, condamnée à la question, l'amène à trahir ses maîtres. Exilé dans une lointaine province, c'est seulement armé de son étrange épée — Terminus Est — qu'il devra affronter son destin.

Naviguant entre fantasy et science-fiction, L'Ombre du bourreau (ou Livre du Nouveau Soleil) est une des quêtes initiatiques les plus originales et inventives jamais écrites.

Ma définition de la bonne littérature, c’est qu’elle peut être appréciée par un lecteur exigeant et relue avec davantage de plaisir.
Gene WOLFE



L'AUTEUR

Gene wolfe est un écrivain américain de Science-Fiction et de Fantasy né le 7 mai 1931 à Brooklyn (New York).

Il est connu pour son écriture très riche et pour l'influence de sa foi catholique sur ses écrits. Ses œuvres, romans comme nouvelles, ont été nominées a de nombreuses reprises.

WOLFE se lance dans une carrière d’ingénieur, qu’il poursuivra seize ans, avant de se convertir au journalisme spécialisé pour le magazine Plant Engineering.

Gene WOLFE avait déjà écrit des textes courts, mais il envisage de vendre ses écrits seulement en 1956, quand, jeune marié, il en espère quelques revenus. Il lui faudra cependant attendre 1965 pour vendre sa première nouvelle, "The Dead Man" au magazine Sir.


Dans les années 70, WOLFE se montre prolifique, abreuvant les magazines spécialisés de nouvelles souvent audacieuses, qui vont asseoir sa réputation. Il publiera ainsi plus de 250 nouvelles. Son style recherché, parfois hermétique, souvent difficile, lui vaut l’admiration de lecteurs exigeants et une réputation inégalable chez les critiques. 

Dans les années 80, WOLFE s’attaque à ce qui deviendra son œuvre la plus célèbre aux Etats-Unis, The Book of the New Sun (Le livre du Nouveau Soleil), une tétralogie de science-fiction messianique aux pourtours si complexes que l’auteur lui a donné depuis une dizaine de suites.
Gene WOLFE compte aujourd’hui, notamment, trois World Fantasy Awards, deux Nebulas, et huit nominations aux Hugos mais sans prix. Parmi ses dernières œuvres le Chevalier- Mage publié en 2006, et le Soldat des Brumes primé par un World Fantasy Award en 2007, qui met un point final à la trilogie Soldier of Sidon débutée en 1986 par le roman éponyme.




Le cycle du bourreau Sévérian est communément considéré comme l'une des plus éclatantes réussites de Gene Wolfe, si ce n'est son chef d’œuvre. Ce tome regroupe la version la plus complète du cycle Livre du Nouveau soleil de Teur. Cette œuvre composée de deux volumes de plus de mille pages chacun, regroupe en plus des cinq romans, deux nouvelles déjà, elles aussi publiées en France ; on y trouve également trois nouvelles inédites et un recueil d'essai.


Ce premier tome, regroupe les textes ci-après mentionnés :

L'Ombre du bourreau déjà publié en 1982,
La griffe du demi-dieu, également paru en 1982,
L'épée du Licteur, sorti en 1983. 



Pourquoi aborder un nouveau cycle est-il toujours un aussi grand bonheur ?...
Parce que dans le domaine de la Littérature, la quantité exige aussi la qualité. Gene Wolfe est un des grands de l'écriture, et ses capacités de création étonneront et fascineront tout amateur du genre. La Fantasy retrouve ses lettres de noblesse, celles qui sont envoyées aux confins de l'univers, et plonge dans une étrange Science-Fantasy, empreinte de médiévisme et d'anachronismes, tout à fait non habituelle.

Si Gene Wolfe marie les styles, il en tire des romans riches aux personnages psychologiquement complexes, vivant dans une société aux passés étrangement oubliés et lointains, ainsi qu'à l'avenir pré-dessiné. Sévérian, bourreau de la tristement célèbre Tour Matachine, quitte sa guilde et les siens pour nous offrir un extraordinaire voyage initiatique.
Une histoire basée sur la célèbre recette de l'apprenti mais qui reste originale et palpitante, peut-être un peu trop dans le détails dans certains passages ; mais peut-on s'en plaindre ?
Dès la première phrase, impossible de ne pas être frappé par l'écriture de Gene Wolf. Assurément, son style est un style de haut niveau, parsemé d'un vocabulaire d'une grande richesse et de phrases à la tournure travaillée ; cependant il est clair également que cela ne peut pas plaire à tout le monde.
L'œuvre est dotée d'un univers original et particulièrement travaillé. Ainsi, dans une ambiance à mi-chemin entre la fantasy et la science-fiction, on naviguera sur Teur, planète en lente perdition sous son soleil vieillissant, un monde désenchanté où la violence constitue le lot ordinaire tout en chacun, si percutante, si déshumanisée, et pourtant si belle.
Assurément, avoir construit une société où la torture et la peine de mort, sur d'éventuels innocents et par obéissance aveugle aux juges, constitue un pilier central est un moyen de se démarquer des mondes utopistes de bien d'autres écrits.
Ce roman c'est l’histoire de Severian, jeune apprenti de l’ordre des Enquêteurs de vérité et des exécuteurs de Pénitence. Le récit est ici à la première personne, rédigé par Severian alors qu’il est devenu adulte et apparemment éminemment puissant ; l’homme revient sur son passé avec une facilité déconcertante, comme si le temps n’avait aucune emprise sur ses souvenirs. En plus de talents très développés, notre bourreau est selon lui affublé d'une mémoire eidétique qui lui permet de se souvenir de son passé avec une netteté et une acuité hors du commun. Ainsi son récit est toujours très détaillé, plein d'anecdotes et de descriptions poussées sur ses rêves, conversations... à tel point que ce luxe de détails tend à se rapprocher parfois de l'absurde, bien qu'il jure de ne retenir que les moments les plus significatifs de son passé. Alors le lecteur joue le jeu, lit avec attention les descriptions de Severian tout en s’étonnant parfois de certaines ellipses curieuses. Le bourreau serait-il finalement tout à fait honnête dans sa manière de rapporter les faits ?
Apprenti prometteur, Séverian ne connaît presque rien du monde qui l'entoure, si ce n'est l'immense tour Matachine, un univers restreint duquel il s'échappe par l'esprit en s'imaginant la vie au-delà de la citadelle.
Près de la fin de son apprentissage, il croise le destin d'une jeune noble dont la sœur a trahi le pouvoir en place. Un grain de sable qui met à mal le parfait édifice de son conditionnement. En effet, au moment fatidique le jeune bourreau, devenu compagnon, commet l'irréparable incapable d'accepter la souffrance de celle qu'il a appris à aimer. Malgré son geste inconsidéré, ses maîtres magnanimes, ne le condamne qu'à l'exil, ainsi commence ses véritables,aventures.
Au cours du voyage vers Thrax se révélé la personnalité complexe et torturé du jeune-homme, peu honnête et peu engageante. En effet, pour de justifier de ses actes, il met en avant son conditionnement pour s'en dédouaner oublieux de mentionner ses entorses à la déontologie lorsqu'elle entre en conflit avec ses intérêts. Comme c'est lui qui mène la narration, il tente de cacher ses facettes peu reluisantes, mais malheureusement ses actes parlent d'eux-mêmes. 

Si l'on peut considérer une planète comme un personnage à part entière, il est temps de s'intéresser à Teur. Teur, c'est notre terre. Une terre perdue dans un futur indéterminé dont l'humanité n'a plus souvenir de son glorieux passé technologique. Un terre où le soleil se meurt et conduit donc la planète à la mort irrémédiable. Une terre épuisée de ses ressources naturelles. C’est à travers les débris de ce glorieux passé, que l’on ne fait plus revivre qu’à travers les mythes, qu’évolue Severian. Au fil de ses pérégrinations, on découvre la société archaïque et très hiérarchique de Teur, sa géographie torturée et dans une certaine mesure les conflits qui la rongent encore.
L'histoire est complexe, on ne sait pas si on se trouve dans un passé qui nous évoque un peu notre moyen-âge mais dans lequel se trouve des réminiscences d'une société technologiquement avancée. Pas de réponses évidentes proposées par l'auteur ; pas de manichéisme non plus dans ce roman, même si l'on sent que le héros Sévérian a un rôle clef dans ce monde, son évolution est tortueuse, sa psychologie est complexe ; d'ailleurs avoir choisi comme héros un apprenti-bourreau qui essaie d'exceller dans son art montre l’ambiguïté de la plupart des protagonistes de cette œuvre.
Au fil des pages, de nombreux personnages croiseront, quitteront de manière plus ou moins brutale et parfois croiseront à nouveau le chemin de Sévérian. Chacun de ces protagonistes apparaîtra avec sa personnalité propre, ses mystères et sa mentalité, et on s'ébahira devant le soin avec lequel ils ont été créés et mis en scène. Des personnages qui peuvent, toutefois, apparaître terne face aux pensées du héros qui tendent à prendre toute la place, tant il est pourvu d'une psychologie difficile à cerner, dépourvu de convictions à défendre ; et qui selon les points de vue des lecteurs pourra apparaître comme lâche ou comme un héros.
Quant à l'intrigue, elle se fait hésitante et tardive mais on peut attribuer cela au fait que ce roman est présenté comme les mémoires de Sévérian, or la vie de la plupart des hommes est bien peu prévisible et il est donc difficile, voire impossible de proposer dans telles conditions un véritable scénario suivi, dont on attendrait le but final avec impatience. Toutefois, il faut mettre le lecteur en garde quant à l'ambiance malsaine qui imprègne ce roman. L’Ombre du bourreau est une œuvre réservée aux adultes avertis. De toute manière, il semble presque impossible que les jeunes puissent apprécier la saveur d'un style aussi complexe.